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Khao Lak, l’après tsunami et les îles Similan

Poissons clown (Nemo) dans leur anémone et surtout dans leur milieu naturel

Photo prise par Remy, un instructeur de plongée genevois qui était à bord de la croisière avec nous Nous sommes finalement retournés sur les lieux du drame. Ceci pour deux raisons: la première pour tourner la page sur cet événement que l’on a vécu de l’intérieur et la seconde pour voir comment l’aide internationale est concrètement investie. Pour Sylvain, le traumatisme est passé. Par contre pour Monica ce fut plus difficile. Elle a toujours un sentiment de nausée et se sent mal dans un tel endroit. Il faut bien vous rendre compte que la zone en question a été dévastée à 80% et qu’il ne reste que des décombres. Monica est donc restée à l’hôtel et Sylvain est parti à la rencontre de la population pour voir un peu ce qu’il se passait. Il était des lors clair que nous n’allions pas rester ici.

Khao Lak, c’était le tourisme. D’une côte quasi déserte, ils ont passé à plus de 5000 chambres en moins de 10 ans. Il n’en reste qu’environ 900. Ca ressemble bel est bien à un village de vacances fantôme. Lorsqu’on se promène dans la rue principale, on ressent comme un sentiment bizarre, comme si quelque chose ne tourne pas rond. Ici chaque famille a quasiment perdu un proche le 26 décembre dernier.

En parlant avec les gens, on se rend vite compte que la seule assistance qu’ils reçoivent est l’électricité gratuite ainsi qu’une aide alimentaire. Rien pour l’instant pour remplacer la perte matérielle qui constituait leur gagne pain (comme une voiture par exemple). Visiblement ils n’attendent rien. Certains reconstruisent pour être prêt le plus tôt possible à rouvrir alors que le gouvernement a interdit pour l’instant toute reconstruction dans la zone affectée. La lenteur des décisions, fait que certains passent outre et commencent à reconstruire. A part cela, il y a beaucoup de camp de réfugiés où de nombreuses organisations sont présentes pour aider à la reconstruction de villages. Une ONG italienne par exemple est en train de construire 400 bateaux de pêche en bois. Il y a aussi un nombre de bénévoles incroyable. Ils voient souvent leur engagement s’avérer inutile car les ONG demandent des compétences spécifiques qu’ils n’ont pour la plupart pas (compétences manuelles le plus souvent). Alors il reste une organisation qui récupère tous ces volontaires. C’est celle qui va organiser, du 2 au 4 avril 2005, le mémorial des 100 jours (www.tsunamivolunteer.net). Ce mémorial est une manifestation à l’échelle nationale pour les survivants et les familles des victimes. Les bouddhistes croient qu’après 100 jours, les âmes des disparus quittent la terre. Des décorations de bambou vont longer les 36 kilomètres de plage. Le bambou est naturel, solide et s’adapte comme l’esprit humain. Il montrera la force, la détermination et le renouveau de Khao Lak.

Il semblerait que dans leur malheur, les thaïlandais bénéficient de l’affection de millions de touristes venus les visiter auparavant et nous pensons qu’ils vont rapidement retrouver la sérénité d’antan.

Cependant, comme beaucoup de volontaires sur place, nous nous demandons où sont passés les milliards récoltés? En effet, la plupart des locaux font des initiatives personnelles (par exemple, ils vendent des biscuits) pour subvenir aux sinistrés. De plus, la plupart des ONG qui opèrent sur place dans les camps de réfugiés sont financées par leurs propres « réseaux financiers ». Enfin, nous sommes d’accord sur un point: chacun donne et fait ce qu’il peut avec son cœur et ses tripes. C’est ainsi que plusieurs bonnes intentions se transforment en de grands aboutissements !

La plupart des magasins étaient fermés et trouver une chambre à Khao Lak n’est pas forcément chose facile. En revenant à l’hôtel, il y avait une boutique de plongée qui offrait une croisière de plongée dans les îles Similan à un prix défiant toute concurrence. Ni une, ni deux, ne voulant pas rester ici dû au sentiment de mal être de Monica, nous nous sommes décidés pour cette croisière de 4 jours.

Nous n’avons pas été déçus. Nous avons pu constater par nous-mêmes également que la nature n’a que peu souffert du tsunami. Les fonds sous-marins à proximités des îles du parc naturel, qui font parties des plus beaux d’Asie du sud-est, nous ont offert un spectacle extraordinaire. Une visibilité de 20 à 30 mètres, une eau transparente à bleu azur, des milliers de poissons, du poisson clown (Nemo) dans son anémone au requin léopard en passant par des murènes, des coraux de toutes les couleurs, des mollusques, des éponges, des crustacés, des reptiles … bref la totale, un vrai régal. Nous avons plusieurs fois fait des arrêts sur les îles non habitées du parc national où nous avons pu faire du masque tuba depuis des plages idylliques. Merci encore les éléments, la nature et le surnaturel.

Koh Tao, autre paradis thaïlandais

Nous nous sommes finalement décidé à partir au sud de la Thaïlande. Ce ne fut pas chose facile, surtout pour Monica. Revoir des images que nous avions quitté dans la douleur (les palmiers, la plage,…). D’un autre côté, il faut aller de l’avant et le meilleur moyen pour le faire est d’affronter le présent. Ca permet également de remplacer le passé avec de nouveaux souvenirs, de nouvelles sensations, ceux-ci étant moins traumatisants.

Autant le dire tout de suite, Koh Tao, une île dans le golfe de Thaïlande, est un petit paradis que l’industrie de la plongée de loisirs a su exploiter. Nous avons pratiqué le masque tuba et Sylvain a passé son brevet de plongée avancé. Les fonds marins sont superbes. Bien que la visibilité n’était pas à son maximum dû à de fortes pluies tombées deux semaines auparavant, la qualité de ce que l’on pouvait observer était de première classe. Des centaines de poissons, des coraux durs et mous, des éponges, des crustacés et plus encore. Sylvain a également plongé au Vietnam et au Cambodge. Là-bas, les fonds marins sont presque complètement détruits par l’activité humaine. Coraux morts, poissons en petite quantité, beaucoup de suspensions (particules qui font baisser la visibilité), aucune considération écologique de la part des navigateurs.

Aujourd’hui, nous sommes obligés de déclarer une zone comme parc naturel si nous ne voulons pas qu’elle se transforme en cimetière dû à l’activité humaine. Bien sûr, le pêcheur doit pêcher, c’est son métier. Mais les coraux ne se mangent pas et la plupart des poissons qui vivent dans ce type d’environnement non plus. De plus, la pêche à la dynamite est plus que meurtrière pour l’environnement. Savez-vous qu’est-ce la pêche à la dynamite (ou mine) ? C’est la pêche du paresseux. C’est simple, tu balances une mine dans l’eau, elle explose au fond, tue et détruit tout ce qui se trouve dans son champ d’action et tu n’as plus qu’à ramasser les poissons morts qui remontent à la surface. Mais tous les poissons ne remontent pas à la surface et la flore sous-marine encore moins. Ceux-ci restent tout simplement morts là ! Fonds marins photographiés par Sylvain

Sukhothai, première cité royale thaïlandaise

Voila, nous continuons donc notre voyage au nord de la Thaïlande, d’abord à Sukhothai où se trouvent les vestiges du premier royaume Thaï. Ici, nous ne ressentons pas les effets du Tsunami. Nous avons même du mal à trouver une chambre dans une guest house. Les seules marques sont les cauchemars de Monica, nuit après nuit. Nous avons loué un scooter et avons erré dans et autour du parc archéologique de Sukhothai. Un havre de paix où l’on s’imagine la grandeur d’autrefois en visitant les différentes pagodes. Le jour suivant nous avons suivi notre route vers Chiang Mai. Wat Mahathat. Cet ensemble représente l’architecture classique du style de la grande époque de Sukhothai

Un nouveau départ, un merci à la clé

Malgré la distance qui nous sépare de nos familles, amis et personnes qui pensent à nous et les cauchemars encore fréquents de Monica, nous avons décidé de continuer notre périple autour du globe à la rencontre de l’autre. Un grand merci à nos familles, amis et tous ceux qui ont compati à notre douleur et à celle de tous ceux qui ont été affectés par cette catastrophe. Nous nous sentons profondément bénis par le ciel et remercions encore la vie pour ce qu’elle nous apporte.

A nouveau sur la route

Suite à cette tragédie mondiale que l’on a vécu de l’intérieur, nous nous sommes reposés et interrogés sur le sens de notre vie, notre démarche et notre suite.

Nous avons été merveilleusement pris en charge par une famille franco-laotienne à Bangkok. Merci à eux pour tout et à vous tous qui vous êtes inquiétés. Nous avons ressenti votre solidarité et vos bonnes pensées. Laurent et Nindha entourés de leur famille et amis. Ils nous ont accueilli tellement chaleureusement que l’on a eu de la peine à repartir.

Jour de la catastrophe +4 : Phuket et Bangkok

Avertissement

Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies. Le 30 décembre, nous avons été rapatrié à bord d’un avion de l’armée thaï sur Bangkok. Là, la prise en charge était bonne. Nous avons pu parler par téléphone avec un employé de l’ambassade, un suisse romand autrement plus efficace que ceux envoyés à Phuket. Monica, quant à elle, a été en communication avec le représentant de l’ambassade du Pérou. Nous avons expliqué que nous recherchions un encadrement pour faire un débriefing sur ce que nous avions vécu. Ils se sont occupés de tout. Ils nous ont amené ensuite sur un campus universitaire qui servait de centre de secours. Nous y devions théoriquement passer la nuit. Là, nous sommes tombés sur les personnes qui recevaient les francophones. A peine nous leur avons dit que nous cherchions un encadrement qu’une des deux personnes nous a dit qu’il n’y avait pas de problème. Elle avait justement mentionnée aux autorités françaises qu’elle pouvait recevoir deux personnes chez elle. Ce fut une véritable aubaine. En attendant de partir avec Nindha et Laurent, notre famille d’accueil, nous avons pu parler avec des pompiers français spécialistes des catastrophes naturelles. Vincent et Dominique, deux personnes formidables qui nous ont beaucoup aidé. Et cerise sur le gâteau, un jeune suisse romand qui était en Thaïlande pour monter un projet humanitaire s’était également porté volontaire auprès de l’ambassade suisse pour aider et se trouvait là. Ca a fait du bien de pouvoir parler avec lui. Il vient de Neuchâtel et s’appelle Alexandre. Venu pour son projet, il aura finalement consacre le reste de son voyage (1 mois en tout) à l’aide au victime. Lui aussi peut témoigner mieux que personne du K.O. Nous avons appris par la suite qu’il était parti à Kao Lak, une des région les plus touchées par le tsunami, notamment pour procéder à l’identification des corps. Nous rendons HOMMAGE à son courage !

Si vous désirez soutenir un projet concret, nous vous invitons à le contacter : a_aubert@bluewin.ch

Jour de la catastrophe +3 : Phuket

Avertissement

Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies. Nous nous sommes levés de bonne heure et après le petit déjeuner, nous avons loué un scooter pour visiter les différents hôpitaux. Nous nous sommes tout d’abord rendu au plus grand hôpital de l’île, le Vachira Phuket Hospital. Là-bas aussi ça grouillait de monde. Des volontaires thaïs vous accueillaient pour vous aider. Nous avons expliqué ce que nous venions faire : visiter les blessés occidentaux (car nous ne parlons pas le thaï) et leur apporter réconfort au besoin. Alors ils nous ont demandé de nous inscrire et de leur montrer nos passeports. Des cas de faux volontaires voleurs ont sévi dans les hôpitaux. Quelle tristesse ! . Nous nous sommes vites rendu compte que nous n’étions pas les seuls volontaires occidentaux. D’autre part une grande partie des blessés avaient déjà été rapatriés. Ceux que nous avons rencontrés attendaient pour la plus part de partir le jour même ou le lendemain. A notre retour dans le hall de l’hôpital, des gens recherchaient sur les listes Excel des noms de personnes disparues. Ils ne savaient pas vraiment utiliser ce programme alors nous nous sommes assis sur deux postes avec Monica et avons assisté ces personnes. Dans les environs du hall et du rez-de-chaussée régnait le même type d’ambiance qu’au centre de secours : vivres à volonté, Internet et téléphone gratuits, des gens dans tous les sens, des bénévoles (comme nous avec un badge en papier agrafé au t-shirt avec toutes les langues parlées), qui ne savaient que faire car pas dirigés, panneaux d’affichage remplis d’avis de disparition (cf. photo).

Ensuite nous sommes allés au Bangkok Phuket Hospital. Là-bas, même scénario. Nous sommes repartis plus tard sur le centre de secours. Et là, s’en était trop. Tout s’était amplifié. Il n’y avait quasiment plus de rescapés et les familles des disparus étaient arrivées en masse ainsi que les télévisions du monde entier. Ce spectacle laissait libre court à des scènes insoutenables pour nous qui avions vécu cette tragédie. Comme par exemple ce japonais en sanglots avec l’avis de recherche de sa femme et une quinzaine de camera braqués sur lui. Et ceci pour le plaisir des millions d’yeux qui se nourrissent de ce malheur à travers le monde gentiment assis derrière son poste de télévision. C’est vrai que ce qui n’est pas commun, fascine ! Avec le recul, je me demande si ces moments (la gestion de l’après catastrophe par les hommes) n’ont pas été plus difficile que le tsunami en lui-même.

Se sentant complètement inutiles au milieu de ce maelström et surtout complément abattus, désemparés et perdus, nous avons décidé de remonter sur Bangkok où nous l’espérions, allions trouver un meilleur encadrement.

Jour de la catastrophe +2 : Phuket

Avertissement

Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies. Dans la rue, alors que nous cherchions un endroit pour prendre notre petit déjeuner, une femme de type européenne maigre et musclée m’a interpellé en me demandant si j’étais suédois. J’ai eu un peu peur et j’ai répondu froidement par la négative. Puis elle a continué son chemin. Monica m’a alors dit qu’elle avait l’air hyper mal et que j’aurais du lui demander si elle avait besoin de quelque chose. Sur ces paroles, nous avons décidé de la rattraper et de lui demander si elle avait besoin d’aide. Elle avait en effet de quoi être mal. Elle s’était mariée le 25.12 sur la plage de Patong. Elle a perdu son mari, sa mère et son fils de deux ans. Elle nous raconta avec ses tripes, les larmes aux yeux comment elle n’a pu garder son fils dans les bras lorsque la vague l’a happée. Prenant, saisissant, insupportable. Elle était perdue, elle ne savait pas que faire. Les personnes de l’agence avec laquelle elle était venue en vacances, étaient rentrées le jour même pour la Suède car blessées. Elle avait son vol de retour prévu pour le lendemain. Il lui restait son père en Suède. Mais que faire ? Rentrer, rester, chercher ses disparus sans savoir s’ils ont été secourus. Et là encore, personne pour l’encadrer, pour l’aider, pour l’écouter, pour la conseiller. Nous lui avons suggéré de rentrer chez elle en Suède sachant qu’ici, elle ne pouvait plus faire grand-chose et était seule.

Des histoires bouleversantes comme celle de cette femme, nous en avons trop entendu. Trop pour que nous restions ici à ne rien faire . Alors nous avons décidé de retourner au centre de secours pour voir l’évolution de la situation. Là les panneaux de personnes disparues s’agrandissaient, les piles de nourriture, boissons et vêtements s’amoncelaient, les camions de télévision débarquaient gentiment (cf. photo). Nous sommes retournés à l’ambassade de Suisse pour savoir s’il y avait des nouvelles des deux suisses romands que l’on recherchait et du suisse qui avait perdu sa copine. A notre surprise, ils nous répondirent que le jeune homme de la veille avait disparu. Ils nous ont dit « il est parti » l’air nonchalants. Ils ne savaient ni où il logeait, ni ce qu’il avait planifié de faire. Ahurissant. Ca semble basic que l’on ne laisse pas sans soutien et suivi une personne ayant vécu une telle tragédie et ayant de surcroît perdu un proche. Bref, nous leur avons laissé les coordonnées de notre hôtel au cas où quelqu’un aurait besoin de soutien. Ils ne nous ont jamais appelé. A croire que personne n’a souffert psychologiquement de cette catastrophe à part nous. En discutant avec les autres ressortissants qui se trouvaient au centre, il semblerait que les autres ambassades ne se sont guères portées de meilleures façons.

Puis à l’endroit où se trouvaient les ordinateurs, nous avons rencontré un français qui venait de mettre en ligne une base de donnée interactive ouverte pour recenser les disparus. Devant la gabegie des autorités pour recenser les blessés et les personnes disparues, des privés dont Michel ont mis en place cette base de donnée accessible par tous sur le web. Il nous a dit qu’il y avait un grand besoin de recenser les personnes disparues de manière organisée et unique. C’est la raison pour laquelle ils ont monté cette base. Lorsqu’il nous décrivait ses rencontres avec les rescapés, ses yeux ne pouvaient s’empêcher de se remplir de larmes, sa voix était tremblante et l’émotion qu’il dégageait nous donnait la chair de poule. Il nous a demandé si nous étions prêts à aller dans les hôpitaux pour aider les gens qui avaient perdu des proches et de les entrer dans cette base. Nous lui avons répondu que oui et avons commencé à entrer les noms des gens que nous avions déjà récoltés.

Jour de la catastrophe +1 : Koh Phi Phi et Phuket

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies.

Embarcadère de Phi Phi. En attente d’un bateau pour quitter l’île à coté des corps entourés de draps. Vers 6h30, nous nous sommes réveillés. Que faire ? Nous sommes partis avec Yann en éclaireur pour estimer quelle était la situation. Nous avons contourné l’île pour rejoindre l’embarcadère. Cette partie de l’île a été moins touchée et le chemin était plus « passant ». Sur la route, c’était l’exode. Tout le monde, étrangers et thaïs, se dirigeait en direction de l’embarcadère. Il était noir de monde. Tous attendaient des bateaux pour partir pour Krabi ou Phuket. Là il y avait quelques « officiels » qui dirigeaient les gens sur les différents bateaux qui arrivaient. Ils ont aussi annoncé qu’il allait y avoir des bateaux toute la journée pour quitter l’île. Nous sommes rentrés par le centre de l’île qui était dévasté. Nous avons rencontré beaucoup de blessés. Ils avaient besoin d’aide pour rejoindre le lieu où l’évacuation des blessés se faisait par hélicoptère. Toujours aucun secours de masse n’était visible mais il y avait au moins trois hélicoptères qui faisaient la navette sur Phuket. Juste ça et là quelques personnes. La majorité (pour ne pas dire la totalité) des personnes qui transportaient les blessés (thaïs et étrangers) étaient des occidentaux. Avec Yann, nous ne nous sommes pas posés de question et avons aidé à transporter les blessés à bout de bras et sur des brancards de fortune. Des occidentaux ont pris en charge l’organisation des secours et ont notamment construits des civières avec des bambous, de la corde et des bâches plastiques. Adrien et Jimmy nous ont alors rejoint. Lorsque l’on arrivait à l’héliport avec des blessés, des cameras de télévision et des photographes filmaient et photographiaient tout, absolument tout, sans retenue. Il semblerait qu’eux avaient un hélicoptère spécialement affrété pour l’occasion. Lorsque l’on chargeait les blessés dans l’hélicoptère, nous pouvions lire la peur et la panique sur les visages des militaires. Le bordel, la panique face à une catastrophe dont personne ici n’avait la formation pour l’affronter.

En fin de matinée tous les blessés ont été acheminés à l’héliport. Les deux collines, et les différents endroits où des accidentés se trouvaient (Rock Backpacker et Reggae Bar principalement), étaient vides. Alors je suis parti avec Jimmy au débarcadère pour voir la situation. A l’entrée du débarcadère se trouvait une jeune fille qui boitait avec sa copine. Elle demandait où se trouvaient les secours. Les gens toujours pressés de partir lui passaient à côté sans même lui prêter attention. Hallucinant ! Nous l’avons alors amené au lieu des blessés. Nous sommes ensuite retournés au bungalow où nous nous sommes tous retrouvés. De là, nous avons pris nos bagages pour quitter l’île. Le couple hongrois nous a accompagné. La femme était encore terrifiée. Pour la dernière fois nous avons chevauché les décombres, marchant certainement sur des corps, l’odeur commençait à devenir insupportable. J’ai essayé tant bien que mal de dire à Chi de ne pas regarder ici et là où il y avait des corps gisant sur des charrettes ou simplement par terre. Dans l’atmosphère régnait un mélange d’eau de mer et de … mort. Le soleil brillait comme à son habitude et la chaleur (33 degrés) n’arrangeait rien quand à la putréfaction des cadavres. Au débarcadère, la file d’attente n’était plus très longue. Nous avons attendu environ une heure sur l’embarcadère sur lequel les cadavres reposaient (cf. photo) avant d’embarquer sur des bateaux de la Royal Navy de Thaïlande pour Phuket. Il semblerait que les secours arrivaient gentiment.

Jour de la catastrophe +1 : Koh Phi Phi et Phuket (suite)

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies.

A Phuket, ils nous ont donné à manger et à boire en attendant de prendre un bus qui allait nous amener au tristement célèbre (pour nous en tout cas) city Hall de Phuket. C’est là que les autorités Thaï ont installé le centre de secours. La logistique était bien organisée. Le deuxième jour après la catastrophe, il y avait de la nourriture et de la boisson distribuée gratuitement et en abondance, des vêtements, des écoles où l’on pouvait loger, le téléphone et l’Internet gratuits afin d’avertir nos familles et la procédure de remplacement de passeport était en place. Seul hic, il n’y avait pas vraiment quelqu’un pour organiser la prise en charge des victimes, le plus important à nos yeux ayant vécu le cataclysme. Monica a attendu dans les jardins à l’extérieur alors que je suis allé envoyer des emails et voir les autorités suisses. Des représentants des ambassades étaient sur place dans une grande pièce style salle de conférence. Je me suis faufilé entre les tables pour arriver à la numéro 13, celle qui disait « Switzerland ». Là étaient deux suisses romands d’un certain âge qui étaient sain et sauf mais qui avaient perdu toutes leurs affaires. Deux fonctionnaires de l’ambassade de Bangkok se trouvaient là. A mon arrivée, on ne m’a pas posé de questions spéciales. J’ai dit que j’étais Suisse … pas de réponse, j’ai vu alors la feuille A4 fédérale quadrillée pré imprimée avec nom,…, je suis simplement parti. J’ai envoyé plusieurs emails et répondu un message identique à ceux qui nous avaient écrit pour prendre des nouvelles. Je n’ai pas pu contenir mon émotion et des larmes se sont mises à couler, première décompression certainement. A ce moment là, le centre de secours grouillait de victimes qui étaient en besoin de papiers pour quitter au plus tôt le pays. Nombreux étaient également moyennement blessés. Dans l’intervalle, Adrien était allé voir pour un hôtel. Apres avoir terminé d’envoyer les emails, j’ai rejoint le groupe dans les jardins et nous sommes partis à l’hôtel.

L’hôtel était cosy. Pour vous dire, nous n’avions jamais eu une telle chambre depuis notre départ (clim’, belle salle de bain avec serviettes, savon et papier de toilette, TV, CHF 18,-).

Dans la soirée, avec Monica, nous sommes retournés au centre de secours. Nous avons alors téléphoné à nos familles. L’émotion fut grande. Heureusement le décalage horaire a fait que la famille au Pérou n’avait pas encore pris connaissance de la catastrophe. Ma belle-maman n’a pas pu contenir son émotion.

Au centre, le spectacle était toujours le même. Les panneaux d’affichage se remplissaient avec des avis de disparition. Des listes éparses des blessés et des morts non identifiés dans les hôpitaux circulaient et étaient affichées (cf. photo), des personnes proposaient un endroit où passer la nuit dans des écoles et universités. Les survivants ayant perdu leurs papiers venaient s’enregistrer pour obtenir ce qu’il fallait pour rentrer chez eux. Il y avait déjà des cars de télévision qui avaient pris leurs quartiers mais ça allait encore. Nous sommes retournés ensuite voir les autorites suisses. Là, toujours les deux mêmes fonctionnaires. Nous leur avons raconté un peu notre histoire et la gravité de la situation. La plupart du temps, un disait « ouais » en français fédéral et l’autre haussaient les épaules. Nous avons demandé si deux suisses romands nommés Alain et Murielle s’étaient enregistrés auprès d’eux, mais à la simple diction de leur prénoms, un a simplement répondu… « non ». Rien d’autre. Pas de demande d’information. C’est finalement Monica qui leur a demandé s’ils ne voulaient pas quand même prendre nos noms, à quoi ils ont répondu par l’affirmative. Alors est venu un autre suisse qui était déjà dans le centre depuis un moment à voir. Ils nous ont dit qu’il avait perdu sa copine sur Koh Phi Phi. Il avait l’air dépité.

Vers 23h00, nous sommes rentres à l’hôtel épuisés des émotions vécues. Vers minuit enfin nous avons été en communication avec le rédacteur en chef de la Presse (journal local suisse romand) à qui nous avons livré notre témoignage. Le lendemain, nous nous sommes dits que nous allions voir ce que nous pouvions faire pour aider. Nous nous sentions bizarres. Nous commencions à avoir le contrecoup du choc, comme lorsque l’on se réveille d’une grosse bourre, sorte de gueule de bois où l’on n’a plus envie de rien.