Archives mensuelles : octobre 2004

La ville sacrée de Varanasi (Bénarès) (suite)

Les gaths en général sont des escaliers donnant accès au fleuve. Ils s’étendent sur plus de 7 km. On y vient pour prier, se laver, se purifier, se raser, jouer au cricket, laver son linge, faire l’aumône aux saddhus, pratiquer le yoga, faire sécher des bouses de vaches… ou regarder ce spectacle coloré.

Une autre dure réalité est l’étouffement du Gange par la pollution. Sur 7 km, trente égouts déversent les déchets de deux millions de personnes. Des plastiques, des ordures sont déversées dans le fleuve recouvert à certains endroits d’une nappe huileuse. Le taux de bactéries tolérable pour 100 ml d’eau est de 500. Le Gange en contient 1’500’000 par 100 ml !!! Les locaux boivent cette eau car elle est sacrée à leurs yeux. Muna, alors que l’on remontait le fleuve sur une barque, a plongé sa main dans l’eau pour s’abreuver de cet élixir divin. Quelques mètres auparavant flottaient plusieurs bouses de vaches…

Un soir nous avons assisté à un concert de tabla et cithare chez Muna. Ce fut mémorable, absolument fantastique. En comparaison on avait également des concerts tous les soirs mais ça n’avait rien à voir. Ils jouaient avec un feeling et une énergie qui te prenaient aux tripes. Ce genre de moments qui te marquent et te remplissent de joie. Du pur bonheur ! Merci. Bien qu’interdit, voici une photo d’une crémation de corps

La ville sacrée de Varanasi (Bénarès)

De Agra, nous avons pris un train de nuit (couchettes) jusqu’à Bénarès. Initialement nous devions arriver à huit heures, dans la réalité le train est entré en gare à une heure et demi de l’après-midi. Nous vous rassurons, c’est normal! Ca fait partie du voyage. Varanasi est une ville vraiment particulière. Y rester quelques jours vaut vraiment la peine.

Une rencontre avec une personne formidable nous a permis de nous imprégner du mysticisme de cette ville antique. Muna, un professeur de tabla (sorte de tam tam indien) dont la famille exploite également une maison d’hôtes, nous a emmené là où notre curiosité nous attirait. Sa famille, étant une des plus anciennes castes, celle des Singh (combattants), est respectée dans son quartier. Cette zone abrite le gath de crémation le plus important et le plus ancien de Varanasi. Un gath de crémation est un endroit où l’on brûle des cadavres sur un bûcher à l’air libre pour ensuite jeter les cendres dans le fleuve «Gange» dont les eaux ont un pouvoir purificateur. Cette pratique permet de rompre le cycle des réincarnations et accéder au Nirvana. Mais tous ne se font pas incinérer. Trois catégories de morts « sacrés » voient leur corps jeté entier dans le Gange. Ce sont les femmes enceintes et les enfants, les gens qui dédient leur vie à la spiritualité (sadhhus, prêtre, moines…) et les personnes mortes par piqûre de serpent. Ils croient qu’une personne piquée par un serpent tombe dans un coma profond que seul une autre morsure de serpent peut réanimer. Le son des flûtes appelle les serpents qui peuvent venir en nombre pour entrer dans les eaux du fleuve et ramener les morts par morsure à la vie en les mordant à nouveau. C’est ça le mysticisme indien! Un des gaths

Agra et le Taj Mahal

Pourquoi ce titre? Eh bien car dans la ville d’Agra, il n’y a guère d’autre chose à faire que la visite du célèbre monument funéraire et de quelques autres sites datant également d’une autre époque!

Cet immense mausolée de marbre blanc a été édifié entre 1631 et 1648 sur l’ordre de l’empereur Moghol Shah Jahan pour perpétuer le souvenir de son épouse favorite, morte en couches. Le Taj Mahal, joyau le plus parfait de l’art musulman en Inde, est l’un des chefs-d’oeuvre universellement admirés du patrimoine de l’humanité. Malheureusement la beauté et la grandeur d’une telle œuvre est ternie par le prix payé par ses artisans. En effet, l’empereur ordonna qu’on leur coupe les doigts ou les mains une fois l’ouvrage terminé afin qu’ils ne puissent pas reproduire leur art.

A l’image du reste de l’Inde, le prix d’entrée est quelque peu paradoxal! 20 roupies pour les Indiens et 750 roupies pour les non Indiens. Et ceci soit disant pour limiter le nombre de touristes visitant le site, car trop de poids sur la dalle en marbre du mausolée le met en péril! Un seul problème: 90% des visiteurs sont indiens. Donc il vaudrait mieux appliquer ce système de tarification à l’inverse. Bref ça fait partie de l’aporie indienne. Taj Mahal, Agra, Inde

Changements climatiques

La Suisse n’est pas la seule à souffrir au niveau climatique. Je me souviens que les sept premiers mois passé en Suisse cette année furent plutôt chaotiques. Si j’ai bon souvenir, le nombre des week-ends ensoleillés durant cette période peut se compter sur les dix doigts des mains. Notre ancienne voisine de Clarens nous disait juste avant notre départ que depuis l’an 2000, le temps n’en fait qu’à sa tête et a perdu de sa régularité.

Je disais donc que la Suisse n’est pas la seule dans ce cas de figure. En Inde, les spécialistes avaient prédit une bonne mousson 2004. Quenini, les pluies n’ont pas été abondantes. De ces pluies dépendent la richesse des récoltes. L’agriculture est un secteur important de l’économie indienne (26% du PNB et 65% de la main d’œuvre). Les effets climatiques sont donc déterminants. Plusieurs facteurs sont incriminés. Il semblerait que les effets d’ «El Niño» dans le pacifique y soient pour quelque chose. On se trouve donc avec un problème à l’échelle mondiale. Il est grand temps de prendre conscience des impacts de notre existence sur notre environnement. Et ceci pas seulement pour notre région mais ailleurs aussi. Le lac Pichola D’Udaipur asséché dû à la mauvaise mousson 2004. Ce lac est le principal attrait touristique de la ville. Il y donne un romantisme sans égal avec son île et son Lake Palace qui s’y reflètent dessus

Températures depuis notre départ

Depuis que nous sommes partis le 12 août 2004, nous n’avons jamais vécu avec moins de 25° (à une exception près lorsque nous nous sommes retrouvés à 1900 mètres d’altitude au Sri Lanka, à l’insu de notre plein gré :o) Monica dans les dunes du désert du Thar au moment du coucher du soleil. En été (juin-juillet), les températures dépassent les 50°. Nous nous sommes contentés de 38°

Mode de vie et hygiène en voyage

Beaucoup de personnes nous demandent comment vivons-nous d’une manière pratique et terre à terre. Partout où vit l’homme, on trouve un endroit où dormir et de quoi se laver. Ensuite ça dépend des attentes de chacun en terme de confort et de budget.

Nous essayons toujours de trouver des chambres dans des maisons d’hôtes (guest house familiale) avec toilette et douche privative. La propreté de l’endroit est également un facteur déterminant dans notre choix. Jusqu’à présent, nous avons toujours trouvé chaussures à nos pieds. Dans les toilettes indiennes, il y a toujours des seaux et donc de quoi faire la lessive! Monica a toujours son instinct casanier et apprécie de s’occuper de cette tâche ménagère (nous sommes très contents de retrouver des habits propres après de longs voyages en train et bus).

Concernant l’alimentation, même topo. La propreté est primordiale! Nous évitons de manger dans la rue et dans les échoppes qui nous semblent insalubres. Sinon nous essayons de tout.

La nourriture indienne est vraiment trop épicée et nous oblige certaines fois à nous rabattre sur des plats chinois. Nous devons avouer qu’un bon steak saignant ne serait pas de refus après bientôt trois mois de diet végétarienne! Exemple de chambre d’une guest house (celle-ci nous a coûté CHF 3.-)

Le désert du Thar (suite)

Style de vie dans le désert. Sans aucune commodité (électricité, gaz…) mais assez pour préparer un copieux repas, chanter à la belle étoile et dormir avec les éléments.

Rencontres

La rencontre avec l’autre est un authentique plaisir. Comme si les sens parlent avant de commencer une conversation avec quelqu’un. Même si certaines fois l’échange se confine à quelques gestes, nous sommes toujours surpris de recevoir des attentions de la part des gens. Le fait de n’avoir aucun plan et aucun timing à respecter aide peut-être. Nous pensons que ça se ressent aussi sur nous et aide au contact. Shakil au Mansoon Palace d’Udaipur. Ce chauffeur de moto-taxi nous fut d’une aide précieuse. Pas intéressé à faire de l’argent sur le dos des touristes, il s’est plié en quatre pour nous rendre service sans attendre rien en retour. La personne la plus noble que l’on ait rencontrée en Inde

Homme et enfant à Mandore

Enfant chamelier avec son chameau lors de notre safari

Le désert du Thar

Proche du Pakistan, le désert du Thar rivalise par ses températures avec les coins les plus chauds de la planète (plus de 50° en été). Nous y avons entrepris un safari à dos de chameau à la rencontre des villages Bishnoi et des dunes de sable. Les Bishnoi sont une population qui vit selon 29 principes de vie (Bish-noi signifie 29 en hindi). Ils respectent toute vie et ne tuent ainsi aucun animal et protègent notamment la gazelle et l’arbre Khejdali (Prosopis cinraria) qui est sacré à leurs yeux (pour en savoir plus sur les Bishnoi : http://www.bishnoi.org/khejadli.html). Ce fut une aventure inoubliable.

Le désert rappelle les montagnes ou la mer. Des étendues vierges à perte de vue, un vent qui te siffle son chant dans les oreilles, une paix et une puissance à calmer n’importe quel hystérique. De nuit tu peux observer les satellites américains tels des étoiles filantes lentes qui scrutent cette région tellement sensible (entre essais nucléaires et guerre). Le ciel est d’une beauté déconcertante, tu as l’impression d’en faire partie lorsque couché, dormant à la belle étoile, tu ouvres les yeux comme pour rêver éveillé. Coucher de soleil sur les dunes

Scarabée dans son élément

L’opium au Rajasthan

Bien qu’interdit officiellement, l’opium se consomme depuis des générations au Rajasthan comme une pratique ancestrale. Il était utilisé par les combattants Rajput lors de leurs croisades comme antidouleur pour mieux résister à l’ennemi.

Tout chamelier vous invitera à partager avec lui cette pratique en signe d’amitié. Chamelier préparant le breuvage d’opium.

Le même chamelier après avoir consommé de l’opium, chantant et jouant du tabla improvisé avec une bonbonne d’eau