Archives mensuelles : décembre 2004

Jour de la catastrophe +4 : Phuket et Bangkok

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies. Le 30 décembre, nous avons été rapatrié à bord d’un avion de l’armée thaï sur Bangkok. Là, la prise en charge était bonne. Nous avons pu parler par téléphone avec un employé de l’ambassade, un suisse romand autrement plus efficace que ceux envoyés à Phuket. Monica, quant à elle, a été en communication avec le représentant de l’ambassade du Pérou. Nous avons expliqué que nous recherchions un encadrement pour faire un débriefing sur ce que nous avions vécu. Ils se sont occupés de tout. Ils nous ont amené ensuite sur un campus universitaire qui servait de centre de secours. Nous y devions théoriquement passer la nuit. Là, nous sommes tombés sur les personnes qui recevaient les francophones. A peine nous leur avons dit que nous cherchions un encadrement qu’une des deux personnes nous a dit qu’il n’y avait pas de problème. Elle avait justement mentionnée aux autorités françaises qu’elle pouvait recevoir deux personnes chez elle. Ce fut une véritable aubaine. En attendant de partir avec Nindha et Laurent, notre famille d’accueil, nous avons pu parler avec des pompiers français spécialistes des catastrophes naturelles. Vincent et Dominique, deux personnes formidables qui nous ont beaucoup aidé. Et cerise sur le gâteau, un jeune suisse romand qui était en Thaïlande pour monter un projet humanitaire s’était également porté volontaire auprès de l’ambassade suisse pour aider et se trouvait là. Ca a fait du bien de pouvoir parler avec lui. Il vient de Neuchâtel et s’appelle Alexandre. Venu pour son projet, il aura finalement consacre le reste de son voyage (1 mois en tout) à l’aide au victime. Lui aussi peut témoigner mieux que personne du K.O. Nous avons appris par la suite qu’il était parti à Kao Lak, une des région les plus touchées par le tsunami, notamment pour procéder à l’identification des corps. Nous rendons HOMMAGE à son courage !

Si vous désirez soutenir un projet concret, nous vous invitons à le contacter : a_aubert@bluewin.ch

Jour de la catastrophe +3 : Phuket

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies. Nous nous sommes levés de bonne heure et après le petit déjeuner, nous avons loué un scooter pour visiter les différents hôpitaux. Nous nous sommes tout d’abord rendu au plus grand hôpital de l’île, le Vachira Phuket Hospital. Là-bas aussi ça grouillait de monde. Des volontaires thaïs vous accueillaient pour vous aider. Nous avons expliqué ce que nous venions faire : visiter les blessés occidentaux (car nous ne parlons pas le thaï) et leur apporter réconfort au besoin. Alors ils nous ont demandé de nous inscrire et de leur montrer nos passeports. Des cas de faux volontaires voleurs ont sévi dans les hôpitaux. Quelle tristesse ! . Nous nous sommes vites rendu compte que nous n’étions pas les seuls volontaires occidentaux. D’autre part une grande partie des blessés avaient déjà été rapatriés. Ceux que nous avons rencontrés attendaient pour la plus part de partir le jour même ou le lendemain. A notre retour dans le hall de l’hôpital, des gens recherchaient sur les listes Excel des noms de personnes disparues. Ils ne savaient pas vraiment utiliser ce programme alors nous nous sommes assis sur deux postes avec Monica et avons assisté ces personnes. Dans les environs du hall et du rez-de-chaussée régnait le même type d’ambiance qu’au centre de secours : vivres à volonté, Internet et téléphone gratuits, des gens dans tous les sens, des bénévoles (comme nous avec un badge en papier agrafé au t-shirt avec toutes les langues parlées), qui ne savaient que faire car pas dirigés, panneaux d’affichage remplis d’avis de disparition (cf. photo).

Ensuite nous sommes allés au Bangkok Phuket Hospital. Là-bas, même scénario. Nous sommes repartis plus tard sur le centre de secours. Et là, s’en était trop. Tout s’était amplifié. Il n’y avait quasiment plus de rescapés et les familles des disparus étaient arrivées en masse ainsi que les télévisions du monde entier. Ce spectacle laissait libre court à des scènes insoutenables pour nous qui avions vécu cette tragédie. Comme par exemple ce japonais en sanglots avec l’avis de recherche de sa femme et une quinzaine de camera braqués sur lui. Et ceci pour le plaisir des millions d’yeux qui se nourrissent de ce malheur à travers le monde gentiment assis derrière son poste de télévision. C’est vrai que ce qui n’est pas commun, fascine ! Avec le recul, je me demande si ces moments (la gestion de l’après catastrophe par les hommes) n’ont pas été plus difficile que le tsunami en lui-même.

Se sentant complètement inutiles au milieu de ce maelström et surtout complément abattus, désemparés et perdus, nous avons décidé de remonter sur Bangkok où nous l’espérions, allions trouver un meilleur encadrement.

Jour de la catastrophe +2 : Phuket

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies. Dans la rue, alors que nous cherchions un endroit pour prendre notre petit déjeuner, une femme de type européenne maigre et musclée m’a interpellé en me demandant si j’étais suédois. J’ai eu un peu peur et j’ai répondu froidement par la négative. Puis elle a continué son chemin. Monica m’a alors dit qu’elle avait l’air hyper mal et que j’aurais du lui demander si elle avait besoin de quelque chose. Sur ces paroles, nous avons décidé de la rattraper et de lui demander si elle avait besoin d’aide. Elle avait en effet de quoi être mal. Elle s’était mariée le 25.12 sur la plage de Patong. Elle a perdu son mari, sa mère et son fils de deux ans. Elle nous raconta avec ses tripes, les larmes aux yeux comment elle n’a pu garder son fils dans les bras lorsque la vague l’a happée. Prenant, saisissant, insupportable. Elle était perdue, elle ne savait pas que faire. Les personnes de l’agence avec laquelle elle était venue en vacances, étaient rentrées le jour même pour la Suède car blessées. Elle avait son vol de retour prévu pour le lendemain. Il lui restait son père en Suède. Mais que faire ? Rentrer, rester, chercher ses disparus sans savoir s’ils ont été secourus. Et là encore, personne pour l’encadrer, pour l’aider, pour l’écouter, pour la conseiller. Nous lui avons suggéré de rentrer chez elle en Suède sachant qu’ici, elle ne pouvait plus faire grand-chose et était seule.

Des histoires bouleversantes comme celle de cette femme, nous en avons trop entendu. Trop pour que nous restions ici à ne rien faire . Alors nous avons décidé de retourner au centre de secours pour voir l’évolution de la situation. Là les panneaux de personnes disparues s’agrandissaient, les piles de nourriture, boissons et vêtements s’amoncelaient, les camions de télévision débarquaient gentiment (cf. photo). Nous sommes retournés à l’ambassade de Suisse pour savoir s’il y avait des nouvelles des deux suisses romands que l’on recherchait et du suisse qui avait perdu sa copine. A notre surprise, ils nous répondirent que le jeune homme de la veille avait disparu. Ils nous ont dit « il est parti » l’air nonchalants. Ils ne savaient ni où il logeait, ni ce qu’il avait planifié de faire. Ahurissant. Ca semble basic que l’on ne laisse pas sans soutien et suivi une personne ayant vécu une telle tragédie et ayant de surcroît perdu un proche. Bref, nous leur avons laissé les coordonnées de notre hôtel au cas où quelqu’un aurait besoin de soutien. Ils ne nous ont jamais appelé. A croire que personne n’a souffert psychologiquement de cette catastrophe à part nous. En discutant avec les autres ressortissants qui se trouvaient au centre, il semblerait que les autres ambassades ne se sont guères portées de meilleures façons.

Puis à l’endroit où se trouvaient les ordinateurs, nous avons rencontré un français qui venait de mettre en ligne une base de donnée interactive ouverte pour recenser les disparus. Devant la gabegie des autorités pour recenser les blessés et les personnes disparues, des privés dont Michel ont mis en place cette base de donnée accessible par tous sur le web. Il nous a dit qu’il y avait un grand besoin de recenser les personnes disparues de manière organisée et unique. C’est la raison pour laquelle ils ont monté cette base. Lorsqu’il nous décrivait ses rencontres avec les rescapés, ses yeux ne pouvaient s’empêcher de se remplir de larmes, sa voix était tremblante et l’émotion qu’il dégageait nous donnait la chair de poule. Il nous a demandé si nous étions prêts à aller dans les hôpitaux pour aider les gens qui avaient perdu des proches et de les entrer dans cette base. Nous lui avons répondu que oui et avons commencé à entrer les noms des gens que nous avions déjà récoltés.

Jour de la catastrophe +1 : Koh Phi Phi et Phuket

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies.

Embarcadère de Phi Phi. En attente d’un bateau pour quitter l’île à coté des corps entourés de draps. Vers 6h30, nous nous sommes réveillés. Que faire ? Nous sommes partis avec Yann en éclaireur pour estimer quelle était la situation. Nous avons contourné l’île pour rejoindre l’embarcadère. Cette partie de l’île a été moins touchée et le chemin était plus « passant ». Sur la route, c’était l’exode. Tout le monde, étrangers et thaïs, se dirigeait en direction de l’embarcadère. Il était noir de monde. Tous attendaient des bateaux pour partir pour Krabi ou Phuket. Là il y avait quelques « officiels » qui dirigeaient les gens sur les différents bateaux qui arrivaient. Ils ont aussi annoncé qu’il allait y avoir des bateaux toute la journée pour quitter l’île. Nous sommes rentrés par le centre de l’île qui était dévasté. Nous avons rencontré beaucoup de blessés. Ils avaient besoin d’aide pour rejoindre le lieu où l’évacuation des blessés se faisait par hélicoptère. Toujours aucun secours de masse n’était visible mais il y avait au moins trois hélicoptères qui faisaient la navette sur Phuket. Juste ça et là quelques personnes. La majorité (pour ne pas dire la totalité) des personnes qui transportaient les blessés (thaïs et étrangers) étaient des occidentaux. Avec Yann, nous ne nous sommes pas posés de question et avons aidé à transporter les blessés à bout de bras et sur des brancards de fortune. Des occidentaux ont pris en charge l’organisation des secours et ont notamment construits des civières avec des bambous, de la corde et des bâches plastiques. Adrien et Jimmy nous ont alors rejoint. Lorsque l’on arrivait à l’héliport avec des blessés, des cameras de télévision et des photographes filmaient et photographiaient tout, absolument tout, sans retenue. Il semblerait qu’eux avaient un hélicoptère spécialement affrété pour l’occasion. Lorsque l’on chargeait les blessés dans l’hélicoptère, nous pouvions lire la peur et la panique sur les visages des militaires. Le bordel, la panique face à une catastrophe dont personne ici n’avait la formation pour l’affronter.

En fin de matinée tous les blessés ont été acheminés à l’héliport. Les deux collines, et les différents endroits où des accidentés se trouvaient (Rock Backpacker et Reggae Bar principalement), étaient vides. Alors je suis parti avec Jimmy au débarcadère pour voir la situation. A l’entrée du débarcadère se trouvait une jeune fille qui boitait avec sa copine. Elle demandait où se trouvaient les secours. Les gens toujours pressés de partir lui passaient à côté sans même lui prêter attention. Hallucinant ! Nous l’avons alors amené au lieu des blessés. Nous sommes ensuite retournés au bungalow où nous nous sommes tous retrouvés. De là, nous avons pris nos bagages pour quitter l’île. Le couple hongrois nous a accompagné. La femme était encore terrifiée. Pour la dernière fois nous avons chevauché les décombres, marchant certainement sur des corps, l’odeur commençait à devenir insupportable. J’ai essayé tant bien que mal de dire à Chi de ne pas regarder ici et là où il y avait des corps gisant sur des charrettes ou simplement par terre. Dans l’atmosphère régnait un mélange d’eau de mer et de … mort. Le soleil brillait comme à son habitude et la chaleur (33 degrés) n’arrangeait rien quand à la putréfaction des cadavres. Au débarcadère, la file d’attente n’était plus très longue. Nous avons attendu environ une heure sur l’embarcadère sur lequel les cadavres reposaient (cf. photo) avant d’embarquer sur des bateaux de la Royal Navy de Thaïlande pour Phuket. Il semblerait que les secours arrivaient gentiment.

Jour de la catastrophe +1 : Koh Phi Phi et Phuket (suite)

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies.

A Phuket, ils nous ont donné à manger et à boire en attendant de prendre un bus qui allait nous amener au tristement célèbre (pour nous en tout cas) city Hall de Phuket. C’est là que les autorités Thaï ont installé le centre de secours. La logistique était bien organisée. Le deuxième jour après la catastrophe, il y avait de la nourriture et de la boisson distribuée gratuitement et en abondance, des vêtements, des écoles où l’on pouvait loger, le téléphone et l’Internet gratuits afin d’avertir nos familles et la procédure de remplacement de passeport était en place. Seul hic, il n’y avait pas vraiment quelqu’un pour organiser la prise en charge des victimes, le plus important à nos yeux ayant vécu le cataclysme. Monica a attendu dans les jardins à l’extérieur alors que je suis allé envoyer des emails et voir les autorités suisses. Des représentants des ambassades étaient sur place dans une grande pièce style salle de conférence. Je me suis faufilé entre les tables pour arriver à la numéro 13, celle qui disait « Switzerland ». Là étaient deux suisses romands d’un certain âge qui étaient sain et sauf mais qui avaient perdu toutes leurs affaires. Deux fonctionnaires de l’ambassade de Bangkok se trouvaient là. A mon arrivée, on ne m’a pas posé de questions spéciales. J’ai dit que j’étais Suisse … pas de réponse, j’ai vu alors la feuille A4 fédérale quadrillée pré imprimée avec nom,…, je suis simplement parti. J’ai envoyé plusieurs emails et répondu un message identique à ceux qui nous avaient écrit pour prendre des nouvelles. Je n’ai pas pu contenir mon émotion et des larmes se sont mises à couler, première décompression certainement. A ce moment là, le centre de secours grouillait de victimes qui étaient en besoin de papiers pour quitter au plus tôt le pays. Nombreux étaient également moyennement blessés. Dans l’intervalle, Adrien était allé voir pour un hôtel. Apres avoir terminé d’envoyer les emails, j’ai rejoint le groupe dans les jardins et nous sommes partis à l’hôtel.

L’hôtel était cosy. Pour vous dire, nous n’avions jamais eu une telle chambre depuis notre départ (clim’, belle salle de bain avec serviettes, savon et papier de toilette, TV, CHF 18,-).

Dans la soirée, avec Monica, nous sommes retournés au centre de secours. Nous avons alors téléphoné à nos familles. L’émotion fut grande. Heureusement le décalage horaire a fait que la famille au Pérou n’avait pas encore pris connaissance de la catastrophe. Ma belle-maman n’a pas pu contenir son émotion.

Au centre, le spectacle était toujours le même. Les panneaux d’affichage se remplissaient avec des avis de disparition. Des listes éparses des blessés et des morts non identifiés dans les hôpitaux circulaient et étaient affichées (cf. photo), des personnes proposaient un endroit où passer la nuit dans des écoles et universités. Les survivants ayant perdu leurs papiers venaient s’enregistrer pour obtenir ce qu’il fallait pour rentrer chez eux. Il y avait déjà des cars de télévision qui avaient pris leurs quartiers mais ça allait encore. Nous sommes retournés ensuite voir les autorites suisses. Là, toujours les deux mêmes fonctionnaires. Nous leur avons raconté un peu notre histoire et la gravité de la situation. La plupart du temps, un disait « ouais » en français fédéral et l’autre haussaient les épaules. Nous avons demandé si deux suisses romands nommés Alain et Murielle s’étaient enregistrés auprès d’eux, mais à la simple diction de leur prénoms, un a simplement répondu… « non ». Rien d’autre. Pas de demande d’information. C’est finalement Monica qui leur a demandé s’ils ne voulaient pas quand même prendre nos noms, à quoi ils ont répondu par l’affirmative. Alors est venu un autre suisse qui était déjà dans le centre depuis un moment à voir. Ils nous ont dit qu’il avait perdu sa copine sur Koh Phi Phi. Il avait l’air dépité.

Vers 23h00, nous sommes rentres à l’hôtel épuisés des émotions vécues. Vers minuit enfin nous avons été en communication avec le rédacteur en chef de la Presse (journal local suisse romand) à qui nous avons livré notre témoignage. Le lendemain, nous nous sommes dits que nous allions voir ce que nous pouvions faire pour aider. Nous nous sentions bizarres. Nous commencions à avoir le contrecoup du choc, comme lorsque l’on se réveille d’une grosse bourre, sorte de gueule de bois où l’on n’a plus envie de rien.

Tsunami sur Koh Phi Phi

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies.

Depuis notre bungalow, au moment où le niveau de l’eau était au plus haut 11h50. Environ 4 mètres de hauteur de décombres Environ 10h30 du matin, je me fais réveiller par des pleurs incessants juste à l’extérieur du bungalow no 31 où nous dormions. La veille, nous avions dansé jusqu’à 2h00 du matin à l’Apache bar. Ca faisait depuis notre départ que ça ne nous était pas arrivé et en plus c’était Noël. En sortant du bungalow, j’ai vu une dizaine de personnes qui pleuraient, des femmes et des enfants. Ils regardaient en contrebas. Puis tous se mirent à courir en direction du sommet de la colline. Alors à ce moment, j’ai vu un homme thaï d’une certaine corpulence, le corps complètement mutilé, monter également en direction de notre bungalow. Les boules, j’ai eu un putain de sentiment dans la gorge. J’ai d’abord cru à une insurrection civile. Il y avait un bruit pas possible qui venait depuis le bas. Un mélange de vrombissements, de cris, de bruit de tôles qui s’entrechoquaient. Là j’ai réveillé Monica et je lui ai dit : « Réveille-toi Chi, il se passe quelque chose de grave, mais je ne sais pas ce que c’est ». Puis je suis ressorti. A ce moment sont passés des francophones qui se dirigeaient également en haut de la colline. Je leur ai demandé ce qu’il s’était passé. Une dame m’a répondu : « Quoi ? Vous venez de vous réveiller ? J’ai répondu : « Oui ». Alors elle m’a répliqué qu’il y avait eu un tremblement de terre suivi d’un raz de marée ravageant l’île et qu’il continuait à monter. Soudainement un vrombissement encore plus fort se fit entendre et je vis l’eau, charriant les décombres, se rapprocher des bungalows qui étaient en contrebas.

Alors je suis retourné dans la chambre et j’ai dit à Chi : «Il faut que l’on parte, prépare-toi ». J’ai pris l’appareil photo et je suis parti faire quelques clichés (cf. photo). A mon retour au bungalow, Chi était en train de faire les affaires. Elle était terrorisée. Sa respiration était saccadée et ne respirait que par la bouche comme asphyxiée. Je lui ai dit : « Prends le strict minimum, on n’a pas le temps ». Finalement nous avons réussi à tout ranger dans les sacs à dos et nous sommes montés sur la colline.

Arrivés au sommet, il y avait déjà une centaine de personnes, voir plus. Il y avait des thaïs comme des touristes, des blessés et des gens en bonne santé. Là, c’était le choc, que s’était-il passé ? Quelle chance avons-nous eue ? Un sentiment d’impuissance également. Impuissance face à une force qui nous dépasse, qui personnellement m’inspire le respect : la nature ou les éléments comme j’aime l’appeler (« au-delà de l’homme, les éléments » cf. La philosophie du S sous la rubrique qui sommes-nous). Nous étions dans la jungle et pour cette raison nous ne pouvions pas distinguer ce qui se passait en contrebas de l’île à cause de la densité de la forêt. Monica est restée remarquablement calme malgré la peur qu’elle avait. Elle a réussi merveilleusement bien à se contenir.

Jour de la catastrophe : Tsunami sur Koh Phi Phi (suite)

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Ce qui est transcrit ci-dessous est notre vécu subjectif. Profondément touchés par cette catastrophe, nous exprimons notre compassion à tous ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Les faits vont bien au-delà des écrits. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui seraient choqués d’une interprétation fausse de ce qui est écrit ci-dessous ou des photos publiées qui ont toutes été prises par nous. Nous pansons toujours nos plaies. Nous avons décidé alors de chercher de la boisson pour l’amener au sommet de la colline pour tous les blessés et les autres qui commençaient à souffrir de déshydratation. Nous avons cherché un supermarché qui se trouvait non loin de là, et par derrière, nous avons trouvé, dans les décombres qui avaient enfoncé et éventré le bâtiment, de la boisson. Nous avons rempli un grand sac et nous sommes remontés par le côté facile. Une fois en haut, les rumeurs allaient bon train sur ce qu’il s’était passé et sur ce qu’il pouvait encore se passer. Dès lors, nous ne nous sommes plus séparés avec les deux français, Adrien et Yann. Après quelques instants, nous sommes redescendus à notre bungalow. Là nous nous sommes installés. Il y avait une fille mexicaine qui se faisait soigner par un belge ainsi qu’un couple hongrois qui avait échappé de justesse à la mort en pouvant nager dans l’amas de boue eau, un miracle. Nous avons aidé à soigner la mexicaine qui était ici en lune de miel (son mari est disparu) et nous avons apporté du soutien au couple hongrois. La femme était traumatisée. Elle a par chance pu agripper la jambe de son mari alors qu’elle était sous l’eau, puis a agrippé sa ceinture et s’est sauvée ainsi. Ils étaient déjà venus à Phi Phi, il y a deux ans. L’homme avait alors perdu sa sœur et avait dû écourter leur séjour. Cette île leur a vraiment porté malheur. Durant l’après-midi, nous avons encore soigné des gens qui passaient par là.

Plusieurs fois dans l’après-midi, des gens pris de panique se ruant vers la colline nous ont fait hésiter à repartir. Mais à chaque fois, j’ai réagi d’une manière très calme et j’ai dit : « Attendez, pas de panique, moi je ne vois rien venir, ne partons pas. » Ce fut une bonne idée à la fin car en effet, rien ne s’est passé. Nous étions à environ 30 mètres de hauteur, donc même si une vague devait revenir, nous aurions eu le temps de la voir et l’entendre arriver. Il s’est avéré ensuite que des pirates thaïs ont essayé de faire fuir les gens dans la précipitation pour pouvoir ensuite piller leur bungalow. Les suédois qui étaient dans le bungalow d’à côté avaient laissé la porte ouverte pour les hongrois qui sont, à un moment donné, montés (avant que nous redescendions) et alors des voleurs leur ont piqué le pognon et les passeports. Deux autres français se sont joints à notre groupe, Jimmy et Hassan de Valencienne. Plus tard, je suis parti chercher de la nourriture et essayer d’avoir des infos. Les cadavres gisaient partout. On pouvait entendre un hélicoptère qui faisait vraisemblablement la navette entre l’île et Phuket. J’ai trouvé des vivres dans deux supermarchés. Puis à mon retour, on nous a dit qu’on ne risquait plus rien et qu’il fallait acheminer les blessés sur la plage. D’autres insistaient toujours pour que nous montions sur la colline prétextant une deuxième vague. En fait, c’était toujours pour nous voler. Hommage à Monica qui est restée à plusieurs reprises seule au bungalow gardant les affaires de nous tous. La mexicaine voulait absolument quitter l’île. Je lui ai alors dit que j’allais l’accompagner au débarcadère pour prendre un bateau. Nous y sommes allés avec Hassan. Là-bas, c’était la folie ! Il n’y avait que quelques petites embarcations et les gens en santé se ruaient pour pouvoir monter dessus sans aucune considération pour les blessés. Incroyable mais peut-être compréhensible… La nuit allait alors bientôt tomber. Il était environ 17h00. Sur le chemin du retour nous avons encore pris quelques vivres pour les personnes qui passaient par notre bungalow. La majorité des rescapés encore sur l’île ont alors passé la nuit sur la colline.

Durant cette première journée, en tout et pour tout, seul un hélicoptère de l’armée a fait les allers-retours sur Phuket. Aucun bateau de secours officiel n’est venu !

Quelques instants après le crépuscule, une lueur se fit remarquer derrière la colline où se situe le point de vue pour laisser apparaître ensuite la pleine lune. Nous n’allions pas passer la nuit dans l’obscurité. Sur l’île, il n’y avait bien sûr plus d’électricité et plus d’eau. La majorité des téléphones portables n’avaient pas de réseau. Par conséquent, nous n’avons pas pu avertir nos parents que nous étions en vie. Nous nous sommes organisés pour passer la nuit les six dans le bungalow no 31. Trouver le sommeil fut difficile. Je me suis obligé à dormir sachant que le lendemain nous attendait une journée difficile même si elle était encore inconnue. Plus tard, Monica m’a rejoint. L’émotion, la chaleur et les moustiques nous empêchèrent de dormir. Nous avons alors décidé de mettre le matelas dehors et dormir à la belle étoile. La pleine lune, bien que magnifique, rendait la nuit encore plus inamicale et effrayante pour Monica qui imaginait que toutes les âmes des victimes nous entouraient. Un chaton, apeuré et effrayé, a hurlé toute la nuit nous empêchant de dormir. Il avait l’air complètement perdu. Nous avons essayé de lui donner à boire et à manger mais il était trop petit pour réussir à croquer ou boire. Il cherchait certainement avec désespoir sa Maman. Nous avons finalement dormi deux ou trois heures jusqu’à l’aurore.

Bangkok, une ville du 21ème siècle

Passer de Calcutta à Bangkok, de surcroît lorsque les quatre mois précédents ont été passé sur le sous-continent indien, tient du surréel. Nous avons carrément halluciné. Bangkok nous est apparue comme une ville progressiste, propre, organisée, où les klaxons sont mis en veille, avec un métro aérien et souterrain. La totale quoi. A ceci vous ajoutez ses centres commerciaux à l’américaine en pleine période de Noël, ça en fait quelque chose de carrément démentielle. Pour vous dire, à part le visa pour la Birmanie, nous sommes restés une semaine à Bangkok et nous nous demandons encore ce qu’on a bien pu faire de notre temps car nous n’avons rien visité ! Le Wat Phra Kaew ou le temple du Bouddha d’émeraude. Thaïs faisant des offrandes et priant. En arrière plan statue géante d’un des gardiens surveillant les entrées de l’enceinte du temple